Q31 Le jugement porté par un banquier sur une entreprise peut-il se fonder exclusivement sur des éléments financiers ?

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Q31 Le jugement porté par un banquier sur une entreprise peut-il se fonder exclusivement sur des éléments financiers ?

Message par SEBASTIEN. LE V le Jeu 3 Mar - 22:22

QUESTION 31 :

" Le jugement porté par un banquier sur une entreprise peut-il se fonder exclusivement sur des éléments financiers ? "
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Introduction :

Quelque soit leur taille, les entreprises forment le tissu producteur et créateur de richesse dont l'économie bénéficie. Les banques et leurs différents services, en interface avec les marchés des entreprises, ont bien des occasions de s'intéresser à elles.
Toutes les entreprises sont soumises à des obligations d'information comptable car seuls les comptes annuels retracent la vie de l'entreprise. Il révèlent sa situation financière, son activité économique et sa rentabilité. C'est l'outil le plus complet à disposition de ses nombreux partenaires et notamment du banquier.
En effet, l'étude d'une entreprise passe inévitablement par un diagnostic financier s'appuyant sur l'analyse du bilan et du compte de résultat. L'objectif est de mesurer le patrimoine de l'entreprise, ses performances, sa bonne santé, sa capacité de trésorerie ou dans la plupart des cas son besoin de trésorerie.
C'est au moment de consentir un prêt ou plus généralement au moment ou l'on va nouer des relations d'affaires avec une entreprise que la banque va procéder à l'analyse financière, cependant nous pouvons nous demander si d'autres facteurs ne peuvent pas aider le banquier dans sa prise de décision. Afin de se positionner sur le financement d'une entreprise, la mise en place d'une ligne de crédit ou tout autre projet, le banquier se doit de prendre en compte tout élément ayant attrait à l'environnement de l'entreprise que ce soit en interne ou en externe, c'est-à-dire de procéder à un diagnostic économique.

Nous aborderons dans une premier temps l'importance de l'analyse financière puis nous analyserons dans la seconde partie du développement en quoi il est tout aussi important de procéder à un diagnostic économique de l'entreprise.

1) L'importance de l'analyse financière

A - Analyse du BILAN

Le patrimoine de l'entreprise se mesure au travers d'un bilan comptable que l'analyste financier retraite dans un bilan fonctionnel. En comparant les bilans qui sont autant de photographie de l'entreprise à intervalles réguliers, l'analyste s'appuiera sur le passé pour se forger une idée de l'évolution possible des équilibres emplois / ressources, du niveau de solidité et de pérennité de l'entreprise.
Le bilan décrit de manière précise les biens que possède l'entreprise, comptablement appelés "actifs" ou économiquement appelés "emplois" et les ressources que s'est procurée ou que s'est constitué l'entreprise pour financer ces emplois, comptablement appelées "passif".

La présentation du bilan par grandes masses permet une lecture de l'entreprise au travers de trois fonctions :
- la fonction "STRUCTURE" qui couvre les besoins structurels d'investissements et les ressources structurelles
- la fonction "EXPLOITATION" qui couvre les besoins courants nés de l'activité et des ressources courantes nées également de l'exploitation
- la fonction "TRESORERIE" qui couvre les liquidités et les valeurs mobilières de placement et, en parallèle, les financements bancaires à court terme. Mais il faut bien voir que cette fonction est la simple résultante des deux précédentes.


Les principaux ratios établis à partir du bilan sont appelés ratios de structure financière, ils ont pour objectifs d'apprécier la relation entre politique de financement et rentabilité de l'entreprise ; d'apprécier les modalités du financement de la croissance de l'entreprise. Les ratios de structure financière se répartissent entre ratios de financement et ratios d'endettement :

• Les ratios d'endettement ont pour ambition de mesurer le poids relatif de l'endettement par rapport à l'ensemble des ressources financières de l'entreprise.
Dettes financières nettes / Fonds propres
Fonds propres / Capitaux permanents
Idéalement, les dettes financières nettes ne doivent pas être supérieurs aux capitaux propres.

• Le ratios de financement permettant de comparer le montant des fonds permanents au montant des immobilisations nettes.
Fonds permanents / Immobilisations nettes

• Le ratio de taux de financement compare l'autofinancement au montant des investissements de l'exercice.
Autofinancement / Investissements
• Fonds de roulement : part des ressources stables non affectées aux emplois stables
• Besoin en Fonds de Roulement : partie des besoins d'exploitation qui n'est pas financée par des ressources => Besoin de Financement
• Trésorerie Nette = FR - BFR


B - Analyse du Compte de résultat

Le compte de résultat récapitule et détaille l'ensemble des produits et charges enregistré sur une période donnée. Il permet par différence de déterminer le résultat de l'exercice. Quand le total des soldes des comptes de charges est supérieur au total des soldes des comptes de produits, le résultat est une perte. Au contraire, le total des soldes des comptes de produits supérieur au total des soldes des comptes de charges donne un résultat d'exercice bénéficiaire. Bénéfice ou perte, le résultat de l'exercice est reporté au passif du bilan de l'entreprise.
Dans le compte de résultat, la comptabilité enregistre des charges et des produits et non des encaissements et des décaissements. Le résultat de l'exercice ne signifie pas nécessairement que l'argent soit en caisse ou à la banque. il ne se transforme en trésorerie effective que lorsque l'ensemble des produits a été encaissé et l'ensemble des charges décaissé.
Pour répondre au besoin d'analyse, le compte de résultat est fractionné en groupe de produits et de charges de même nature, permettant de calculer des étapes dans la formation du résultat :
les soldes intermédiaires de gestion. ( Chiffre d'affaires, Valeur ajoutée, Excédent brut d'exploitation, Résultat exceptionnel, Résultat courant et Résultat net)

L'EBE est souvent un ratio essentiel dans l'analyse du banquier, en effet, il constitue une mesure réelle de la rentabilité d'exploitation qui permet également de mesurer la rentabilité des capitaux engagés dans l'activité.
L'EBE doit être largement positif pour couvrir quartes fonctions principales qui sont :
• permettre le renouvellement de l'outil productif (amortissements)
• couvrir les risques (provisions)
• rémunérer le financement de l'entreprise (charges financières)
• dégager un résultat disponible pour l'entreprise et ses actionnaires.

De plus, c'est de l'EBE que l'on extrait le cash flow réel par la formule :
Cash flow réel (flux de trésorerie) = Excédent de trésorerie d'exploitation (ETE) = EBE - augmentation du besoin en fonds de roulement.

Les ratios de profitabilité issus du compte de résultat :
• Le ratio le plus simple consiste à rapporter le résultat net au chiffre d'affaires. C'est le ration de marge nette ou, en anglais, de "return On Sales" (ROS)
Résultat Net / Chiffre d'Affaires
Concrètement si le chiffre d'affaires est de 1000 et le résultat net de 30, la marge nette ressort à 3%. Tout chiffre d'affaires supplémentaire de 100 permet d'accroitre le résultat net de 3.
• Le ratio de marge d'exploitation
Résultat d'exploitation / Chiffres d'affaires
• Le ratio de marge brute
Marge Brute / Chiffre d'affaires



L'analyse financière est une aide à la prise de décision en répondant aux questions : L'entreprise est-elle rentable? / Quels sont les points forts , les points faibles et les potentialités de l'entreprise ? Les techniques de l'analyse financière permettent à l'analyste d'exploiter toutes les informations recelées par les documents comptables. Cependant ces données comptables et financières se doivent d'être restituées dans leur contexte de secteur d'activité mais aussi géographique ou réglementaire au risque sinon pour le banquier d'avoir une approche partielle biaisant ainsi son jugement. Il est donc indispensable de connaitre le projet économique afin d'anticiper les futurs résultats financiers.


2) Le diagnostic économique complément indispensable

A - Description

L'objet de ce diagnostic est de recenser les données qualitatives et quantitatives de l'environnement interne et externe de l'entreprise.

Le diagnostic économique aborde différents points que sont :

 L'historique
- L'ancienneté : l'entreprise et son histoire : date de création, faits marquants etc.
- La capacité à réagir aux événements, sa capacité d'adaptation
- La structure juridique : EI sont plus vulnérables , SNC sont transparentes, SA ont une durée de vie plus longue.

 Les Hommes
- Homme clé : le chef d'entreprise et son parcours
- Son degré d'implication
- Son savoir-faire
- La surface patrimoniale du chef d'entreprise : épargne, biens immobiliers, placements
- Succession de l'entreprise
- Répartition du capital, organigramme

 L'activité
- Le marché : parts de marché, marché porteur?, contexte conjoncturel
- Le secteur concurrentiel : les concurrents, leur nombre, leurs places
- La clientèle (solvabilité) : atomicité, délai, type (pro, part, administration), stratégie commerciale
- Les fournisseurs (diversifications) : le nombre, notre dépendance, les délais
- La sous-traitance éventuelle
- Le savoir faire
- La différenciation
- La satisfaction des clients => facteur clé de succès de l'entreprise


 Les moyens
- Les moyens humains : les salariés : le nombre, leurs parcours, leurs formations, leurs expériences...
- L'outil de production : l'outillage : la vétusté, le montant des investissements
- Les brevets
- Les moyens financiers : les relations bancaires : état des comptes, existence ou non d'assurances.
 La stratégie commerciale
- La politique de vente, politique des prix
- Les produits : quelles performances, le cycle de vie, la diversification, le positionnement
- Canal de distribution

B - L'importance de ce diagnostic pour le banquier

Les éléments sur l'environnement externe nous éclairent sur l'aspect de la concurrence dans son ensemble, avec une analyse sur les produits, sa technique, son savoir-faire, nous pouvons savoir si l'entreprise est en position de leader, de challenger ou de fragilité sur son marché.

De plus, une analyse du marché nous permettra de savoir si celui-ci est porteur, à maturité, s'il y a des débouchés ou si au contraire il est en déclin.


Les éléments sur l'environnement interne permet au conseiller bancaire de prendre en considération certains éléments comme le savoir-faire et d'évaluer la compétence du dirigeant dans le domaine dans lequel il exerce. Cela conforte l'idée de son professionnalisme ou non.

L'évaluation de la satisfaction des clients est un point qualitatif primordial afin de savoir si les clients resteront fidèles à l'entreprise ou s'ils travailleront avec d'autres prestataires plus sérieux à l'avenir.

La main d'œuvre, qui est un point abordé en analyse financière mais seulement d'un point de vue coup, doit désormais s'apprécier en niveau de qualification ou de savoir-faire.

De même que la qualité de vie au sein de l'entreprise est importante car une ambiance générale agréable permettra de meilleures performances.

L'existence ou non d'une assurance n'est pas mentionnée clairement dans le compte de résultat, il rassure le gestionnaire et atteste de l'engagement et du sérieux du chef d'entreprise.

Enfin, la succession ou plus généralement la transmission de l'entreprise est un facteur d'appréciation du risque.


CONCLUSION :

Le jugement porté par un banquier sur une entreprise ne peut se fonder exclusivement sur les éléments financiers, en effet, pour pouvoir se positionner le banquier doit se servir de l'analyse économique en complément de l'analyse financière. Elle permet d'appréhender des éléments internes et externes, qui ne figurent pas dans le compte de résultat ou le bilan et qui pourtant, jouent un rôle déterminant dans la pérennité de l'entreprise. Il s'agit d'un élément majeur dans la prise de décision pour une banque, la détermination du risque en résulte pour partie. Seule l'analyse économique permet d'avoir une vision du positionnement de l'entreprise sur son marché, et de sa faculté à réagir aux aléas de celui-ci. Le bilan et le compte de résultat restent, bien sûr, des éléments incontournables à l'étude d'une entreprise.
Les divers éléments tant sur l'environnement externe qu'interne de l'analyse économique, sont autant de points permettant au gestionnaire d'appuyer ou d'atténuer les tendances dégagées de l'analyse financière.
Cependant, cette technique d'analyse aussi importante soit-elle, ne peut supplanter l'expérience et l'expertise du chargé de clientèle.

SEBASTIEN. LE V

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Date d'inscription : 03/03/2016

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